Hommage à Axel Kahn

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Publié le 12 juillet 2021 Mis à jour le 12 juillet 2021
Date(s)

du 12 juillet 2021 au 9 juin 2022

Axel Kahn a disparu le 6 juillet dernier. Touché par le cancer, ce généticien prestigieux et auteur de nombreux livres adressés au grand public a continué de partager ses réflexions éthiques et philosophiques jusqu'au terme de sa maladie, cette fois via un blog et les réseaux sociaux. Nous tenions à notre mesure à contribuer à lui rendre hommage.

J’ai eu la chance d’interviewer Axel Kahn en 2006, seulement quelques mois après avoir débuté en journalisme, en marge du Festival du livre de Mouans-Sartoux. Le généticien s’apprêtait alors à présenter avec Jean-François Kahn « Comme deux frères. Mémoire et visions croisées". Je me souviens avoir appelé son laboratoire pour fixer un rendez-vous et avoir été aussitôt projetée dans une interview express et inattendue avec mon interlocuteur. Il traversait apparemment le couloir au moment où je m’entretenais avec son assistante et il avait saisi le combiné au vol. Malgré la petite audience du journal local pour lequel je travaillais alors, Axel Kahn était enclin à me répondre. Néanmoins, il était très occupé. J’avais donc autant de temps devant moi qu’il lui en faudrait pour traverser son laboratoire. Je me souviens de sa rapidité dans l’échange et de ma peine à griffonner mes notes avec un téléphone fixe sans haut-parleur et sans assistance technologique pour enregistrer la conversation. J’en ai tiré plusieurs leçons pour la suite : toujours bien penser une interview avant de contacter un chercheur, ne jamais préjuger de son indisponibilité, avoir de quoi écrire à portée de main et ne pas remettre la rédaction au lendemain. 

Nous vous proposons un extrait de l’entretien, certaines des questions abordées demeurant d’actualité quinze ans après. 


 

En dehors du clonage, quelles sont les grandes préoccupations bioéthiques des scientifiques aujourd’hui ? 

Tout d’abord, le clonage constitue une préoccupation essentiellement symbolique mais minoritaire sur le plan de la bioéthique. Le clonage ne comporte pas de risque de perturbation sociologique dans le sens où il n’interfère pas avec les notions de bien et de mal. En revanche, il soulève évidemment des questions philosophiques passionnantes. Ensuite, la principale préoccupation éthique concerne le caractère inégalitaire du progrès médical. 

Les soins constituent aujourd’hui à la fois un droit pour l’homme et un marché. La question de l’exploitation et des limites de l’utilisation de l’information génétique est également primordiale. Il s’agit de mieux soigner sans faire du patrimoine génétique un moyen de sujétion. Car le « tout génétique » présente de réels dangers. Les personnes qui auraient hérité des « mauvais » gènes seraient doublement malheureuses si elles devaient être brimées et exclues des systèmes d’assurance, par exemple. Ici, c’est la liberté qui est en jeu.

Enfin, le danger idéologique existe. Le racisme a la peau dure et il faut veiller à ce que les connaissances en matière de génétique ne viennent pas renforcer le prosélytisme des partisans de l’eugénisme (littéralement « bien naître »). 

Selon vous, les questions de bioéthique sont-elles considérées avec suffisamment d’attention par les hommes et les femmes politiques ?

Ma réponse est non. J’ai été commissaire du gouvernement en 1992, dans le cadre de l’avant-projet de loi sur la bioéthique. Huit personnes seulement étaient présentes à l’Assemblée ! Je ne suis pas retourné dans l’hémicycle depuis, mais d’après les informations relayées dans la presse, la situation n’était gère meilleure lors de la réforme du 6 août 2004. Or, les questions d’éthique devraient être au coeur de la politique. Comment prétendre gouverner sans prendre position, sans identifier la « bonne » voie de la « mauvaise » ?

Estimez-vous que les médias français relaient l’information scientifique avec assez de justesse ? 

J’ai l’impression qu’il y a eu une amélioration dans ce domaine. Aux 19e et 20e siècles, la presse était très friande et prompte à donner des résultats, y compris dans le fondamental. En témoignent les exemples d’Einstein ou de Pasteur. Puis, la question a disparu après la Seconde Guerre mondiale et aujourd’hui, beaucoup de suppléments de qualité se créent en sciences et en médecine, surtout dans les news et dans la presse nationale. En revanche, une petite faiblesse se fait ressentir dans la presse de Province. 

Par Laurie Chiara, journaliste scientifique Université Côte d'Azur

Blog Axel Kahn: https://axelkahn.fr/blog/